Workshop

ECHO #1

Alice Didier-Champagne

mallette

ADOPTER UNE OEUVRE

La mallette "Echo" proposait de questionner l’art et le paysage à travers la rencontre de deux œuvres:

  • Lac de Vassivière vu de la départementale 34, Vassivière en Limousin, photographie, 2004, de Franck Gérard en collection du Frac-Artothèque de Nouvelle Aquitaine
  • Je siffle au bord du quai, 2001 – 2015, œuvre sonore de Dominique Petitgand dans le bois de sculpture du centre d’art de Vassivière

L’objet incitatif placé dans la mallette était un appeau en bois.

LES ACTEURS DU PROJETS

  • Artiste: Alice Didier Champagne.
  • Enseignant(s): Claire Voisin (documentaliste), Tatiana Desroches (arts plastiques), Sophie De Lacoste (lettres classiques).
  • Niveaux: une classe de 3ème.
  • Établissement : Collège Renoir, Limoges, Haute-Vienne.

ORIENTATION DU PROJET

Cette mallette "Adopter une œuvre # écho" a été créée la seconde année du dispositif afin d’enrichir les choix proposés aux équipes enseignantes et aux artistes. Alice Didier Champagne, l’artiste choisie, était intervenue pendant la formation "Adopter une oeuvre #1". Son travail en collaboration avec Paul Maheke Ngamaha était alors exposé au Centre d’art.

Alice Didier Champagne a proposé un travail plastique basé sur la coopération entre élèves pour questionner l’insularité. L’objectif était de travailler sur le territoire de Vassivière tout en faisant un écho aux problématiques de la créolisation qu’aborde l’artiste dans sa pratique. La réalisation de ce projet a permis aux élèves d’appréhender à la fois les processus de création collaboratifs et les notions de représentation et de présentation à l’échelle de l’art et du paysage dans les pratiques artistiques contemporaines.

PRATIQUES ARTISTIQUES DES ÉLÈVES

Dans ce projet le titre de la mallette "écho" a été un élément déclencheur pour les temps de pratiques imaginés par l’artiste. Les élèves ont expérimenté dans un processus de création basé sur la coopération. Ils ont été amenés à produire d’après le travail d’un autre, de créer une chaîne de pratiques qui se répondent les unes aux autres.

Ainsi, ce workshop a permis aux élèves lors des différentes étapes de travail de réaliser

  • des écrits;
  • des représentations graphiques et picturales;
  • une installation qui questionne les notions de présentation et de représentation du paysage.

Le projet s’est construit sur deux jours et demi de travail immersif favorisant le processus coopératif.

Extrait du projet de workshop de l’artiste Alice Didier-Champagne

"Premier jour, pour commencer le workshop, je propose une présentation de mon travail aux élèves, des liens que je tisse avec le paysage, et plus particulièrement de la pièce Dans l’équarrie bleue (poésie plastique inspirée par les poèmes Le sel noir et Pays rêvé pays réel d’Edouard Glissant)

  • Introduction et discussion autour de la notion de paysage : Un paysage est la « partie d’un pays que la nature présente à l’œil qui le regarde ». Ainsi c’est une portion d’éléments captée par celui qui l’observe, ce qui implique un point de vue. Que ce soit des paysages naturels ou artificiels, les paysages sont tous construits, c’est-à-dire cadrés par un regard ou une pensée. Ils peuvent être observés et par-delà appeler en nous des attentes, des fantasmes et des projections ; ils peuvent être arpentés et donc vécus par les autres sens (matières, parfums, sons..) ce qui en modifie leur perception ; ils peuvent être représentés et donc devenir imaginaires, intérieurs, sonores ou plastiques.
  • Description de l’atelier : Cet atelier propose aux élèves de comprendre le-s regard-s touristiques, artistiques, sociologiques… que l’on peut porter sur un paysage. A travers le dessin et l’écriture ils interrogeront leur propre regard et le transposeront sous la forme d’une installation. A la suite de l’atelier, une petite édition sera réalisée contenant toutes les réalisations produites lors de ce workshop.
  • Mots clés : découvrir un paysage, l’observer, le décrire, le raconter, le transmettre, le fantasmer, y ajouter de soi (ses projections, ses propres fictions), le transposer, le transformer, l’interpréter plastiquement.
  • Déroulé : La classe sera séparée en 5 groupes (3 groupes de 4 et 2 groupes de 5). J’amènerai cinq photographies différentes ainsi que quelques matériaux avec lesquels je travaille.
  • Pour chaque groupe : Je distribuais une photographie de paysage à un élève, il ne devra pas la montrer à ses camarades, il l’observera et la mémorisera. Ensuite en chuchotant, comme pour un secret, il la décrira à un autre élève en y ajoutant des éléments personnels. Cet autre élève fera de même avec un autre de ses camarades du groupe etc… (Même si je n’aime pas cette expression stigmatisante c’est un peu le jeu du « téléphone arabe ») ainsi le paysage se transforme au fil des paroles de chacun. Une fois que tout le groupe a entendu la description de son voisin, chaque élève va mettre sur papier, soit par le texte (description, chanson à texte, poème, rap…) soit par le dessin (crayon, feutre, aquarelle, collage…) son interprétation personnelle du paysage « entendu ».Dans un deuxième temps, en regardant les propositions plastiques et écrites de chacun, chaque groupe devra penser à une interprétation plastique. Cette dernière devra prendre la forme d’une installation. Ainsi pour le lendemain, les élèves devront ramener des affaires leurs appartenant (draps, papier, pierre, objets…), afin de construire les paysages imaginés.

Deuxième jour, construction des 5 paysages / Prises de vue photographiques des installations

  • Pour la dernière partie les élèves vont devoir mêler les 5 propositions afin de former un seul et même paysage. Prise de vue photographique de l’installation finale
  • Les enseignantes pourraient peut-être également écrire un texte (ou dessin) en partant des récits et des productions réalisées tout au long du workshop.

Troisième jour, mise en forme de l’édition

Quelques notions : partir d’une réalité, la transformer par sa propre parole et par la parole des autres. Rendre fictionnel le réel. Réaliser une poésie plastique. Réaliser une production personnelle et la transposer pour qu’elle devienne collective. Faire des allers retours entre images et écriture. Paysage comme berceau d’histoires et d’identités. Paysage vecteur de notions sociales, sociétales, culturelles et artistiques. Mélange de différentes identités à travers un seul espace, créolité, Tout-monde, Transversalité, voyages, projections, fantasmes…. Transposer par la forme son ressenti, son regard…"

Réalisations des élèves
1 installation collective
Workshop echo1 installation collective 27

PARTENARIATS

Le Centre International d’art et du paysage de l’île de Vassivière a proposé un temps de médiation dans le bois de sculpture autour de l’œuvre de Dominique Petitgand.

Le Frac Artothèque Nouvelle Aquitaine a réalisé un temps de médiation dans l’établissement scolaire autour de l’œuvre de Franck Gérard.

RETOUR D’EXPÉRIENCE

Travail en équipe, fédérer une équipe

L’enseignante, Claire Voisin a participé à la formation du PREAC pour faire participer ses élèves à cet atelier. Elle a su fédérer une équipe pédagogique autour de ce projet avec ses collègues d’arts plastiques, Tatiana Desroche et de lettres modernes Sophie De Lacoste.

Mise en place d’un workshop, difficultés et avantages

La mise en place d’un projet sur plusieurs jours d’affilée pose des problèmes d’organisation dans les établissements de type collège ou lycée. Les emplois du temps des élèves et des enseignants impliqués doivent être chamboulés, entraînant un impact sur les cours des autres classes. Cependant cela à l’avantage pour les élèves de créer un moment marquant assimilable à un voyage scolaire.

Dans notre cas, à cause des contraintes de l’établissement, les enseignantes impliquées n’ont pas pu être présentes sur l’ensemble des temps d’atelier, l’établissement ne pouvant pas les libérer toutes les trois de leurs cours. Elles ont dû elles aussi coopérer, transmettre les informations, travailler en écho comme dans la pratique des élèves. Leur capacité à se fédérer pour le projet a permis de dépasser cette contrainte et donner à l’artiste et aux élèves un cadre de travail convenable.

Ainsi, ce projet a permis de faire le lien entre plusieurs disciplines au collège, les lettres modernes, les arts plastiques et le Centre de Documentation et d’Information.

Voici les 5 points saillants qui ressortent de l’expérience "Adopte une œuvre" menée au collège Renoir avec la classe de 3ème 3 et rédigés par l’équipe enseignante :

  • "la rencontre avec la photographie de Franck Gérard : l’hésitation des élèves quant à la technique utilisée et quant à ce qui est représenté ; l’émergence de la notion de reflet, d’ "écho" visuel et la question du paysage (comment on le perçoit, comment on s’en empare, comment on en fait une œuvre d’art).
  • la rencontre avec l’œuvre de Dominique Petitgand, à Vassivière : l’expérience d’une œuvre au cœur du paysage et la notion de paysage sonore. Une œuvre en écho au paysage visuel et qui dialogue avec le lieu au sein duquel elle est installée (bord du lac / bord du quai).
  • workshop : 1- la rencontre avec Alice Didier-Champagne : la discussion qui s’instaure entre l’artiste et les élèves sur l’articulation entre identité et de paysage. Au cœur de cette problématique : l’insularité et la créolité.
  • workshop : 2- la pratique artistique : comment on perçoit un paysage et comment on le recrée, par le dessin d’abord, par les mots ensuite (description écrite) puis par l’installation, et enfin par la photographie de l’installation.
  • workshop : 3- l’accompagnement métacognitif du projet. L’exigence de verbalisation et de conscientisation de la pratique artistique. Pendant ce workshop, Alice n’a cessé de pousser chaque élève à se questionner sur ce qu’il était en train de créer. Il s’agissait de se montrer exigeant dans sa pratique, de donner du sens à sa création ; et dès lors, de comprendre en quoi cette installation et cette photographie de son installation faisaient œuvre d’art."

Pour les élèves, ce projet intégrant leur PEAC a pu être présenté à l’oral du DNB. Cette expérience a surtout permis de souder, de fédérer le groupe classe. Cela a permis aux élèves de voir qu’ils avaient chacun leur place dans le projet, de faire travailler des élèves ensemble qui n’avaient pas forcément l’habitude de coopérer, de créer de nouvelles relations entre pairs.

La mallette "Echo" va évoluer pour l’année suivante, elle se renommera "Lieux ouverts" et sera expérimentée dans un autre collège avec une classe de 3ème et l’artiste Lidia Lelong.